Editions Garamond

Extrait de "Bréchéliant" lu par l'auteur sur l'air du "Cant dels ocells" interprété par Pau Casals

BRECHELIANT, extrait sur l'air du "Cant dels ocells"

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LORCA, LA MORT A VIF, Photos du spectacle du 18 mars au Théâtre du Nord-Ouest, Printemps des Poètes 2018

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De gauche à droite  Alban Gaignard (guitare flamenca), Caroline Duchenne (chant et voix), Yannick Barne (voix) et Annick Le Scoëzec (voix)

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Alban Gaignard, Caroline Duchenne, Yannick Barne, Annick Le Scoëzec

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Alabn Gaignard, Yannick Barne, Caroline Duchenne

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Caroline Duchenne

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Alabn Gaignard

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Annick Le Scoëzec

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Yannick Barne et Annick Le Scoëzec

Les photos ont été prises par Christine Nicelli et Benjamin Lipfeld.

"Bréchéliant", d'Annick Le Scoëzec Masson, Lecture musicale à plusieurs voix, Festival du Quartier du Livre du V

Les Editions Garamond s'associent par cette lecture-spectacle

au Festival du Quartier du Livre du V,  édition 2018.

Celle-ci est organisée avec le

concours de l'hôtel Marignan situé

"au cœur historique de Paris",

et où ont séjourné

E. E. Cummings, Emil Cioran, l’auteur de « Zorba the Greek », Nikos Kazantzakis, et d'autres.

Un verre de l'amitié, un thé ou un café

 

seront offerts

 

à l'issue de la représentation.

 

Soyez les bienvenus...

 

Affiche Festival du Livre - Bréchéliantdocx

Affiche Festival - Bréchéliantdocx

 

FESTIVAL 2018 DU QUARTIER DU LIVRE DE LA MAIRIE DU V

Comme l'an passé, les Editions Garamond participeront à la prochaine manifestation

du

Festival du Quartier du Livre du V

avec une lecture musicale de

Bréchéliant,

roman d'Annick Le Scoëzec Masson

(détail de l'annonce à suivre)

 

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Article de Patrick Wagner sur "Bréchéliant", "Pari gagnant", paru dans la revue Livr'arbitres n°25, Hiver 2018, p. 3 et 4

  "Bréchéliant ou la tentative plutôt réussie de retrouver l'univers des Lais de Marie de France, ses revers, sa complexité, ses déchirements intérieurs. L'auteur semble tout à fait à son aise... "(Patrick Wagner)

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A propos de "Bréchéliant", par Catherine d'Humières (recension publiée sur le site Babelio)

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Ce roman est comme une tapisserie de haute lice dont la chaîne serait l'histoire de la dame, recluse dans la tour d'un château breton depuis le départ de son seigneur aux Croisades, avec, pour seules compagnes, sa lectrice, Ariane, qui l'initie à la poésie occitane et à l'amour courtois, et sa belle-soeur, confidente, amie et complice d'un terrible secret qui l'empêche de trouver le repos de l'âme et rend vains les élans mystiques qui occupent son esprit tourmenté. La seconde partie du cadre est, bien sûr, occupée par l'arrivée d'un étrange naufragé qui rompt un équilibre précaire, accélère et dénoue le drame déjà en germe dans le huis clos de la première partie.
Quant à la trame de cette tapisserie à laquelle je me plais de comparer Bréchéliant, elle serait composée d'une multitude de références culturelles et littéraires, d'allusions aux usages et traditions de Bretagne, de légendes et de poèmes qui tiennent du monde celte aussi bien que de la lointaine Occitanie. L'ensemble donne un entrelacs de fils, merveilleusement servi par une langue fine et ciselée qui a su créer une atmosphère de mystère et de langueur et suggère le passage des saisons et la profondeur de la terre de Brocéliande, avec ses êtres énigmatiques, ses secrets maléfiques et la rumeur infinie de l'océan en toile de fond.
En outre, comme une tapisserie a besoin d'être admirée à plusieurs reprises et vue de loin et de près pour pouvoir être appréhendée dans toute sa richesse, ce roman gagne à être lu plusieurs fois, la première lecture vous entraîne dans un monde étrange et déroutant de mélancolie, d'inquiétude, et de cruauté, les suivantes éclairent certaines énigmes, répondent au fur et à mesure aux questions posées par le déroulement du drame et permettent de méditer sur quelques sujets choisis, tel celui de « l'amour de loin » au coeur des échanges entre la dame et sa lectrice.
Bref un beau roman, un petit bijou à garder précieusement.

Jean-Claude MASSON : Le Dernier Carré de Pythagore, Paris, 2013

Jean-Claude MASSON : Le Dernier Carré de Pythagore, Paris, 2013

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Delphes, Hiver 2009, photo d'Annick Le Scoëzec Masson

 

   Après les chroniques parues sous le titre De La Révolution aux années molles (2006) et les Carnets de la guerre secrète (2010), Jean-Claude Masson poursuit avec Le Dernier Carré de Pythagore une réflexion critique sur notre époque, ponctuée de méditations sur la Grèce ancienne et celle d'aujourd'hui. Rédigé pendant la crise qui secoue l'Europe, ce parcours historique et littéraire interpelle le lecteur et l'invite à partager un questionnement. 

  "Alors que nous déambulions le premier jour, non loin de l’exarchat du Saint-Sépulcre de Jérusalem, comme dans ma jeunesse j’étais absorbé (transporté, ravi) par la lumière de la Grèce. Là-bas, la lumière est d’une autre substance : comme dans la peinture ancienne, taillée dans le même éclat qu’en Terre sainte. C’est pourquoi, sans doute, John Ruskin intitula un de ses ouvrages The Queen of the Air." (Extrait, p. 27)

      "Lisant les Heures grecques, ces lettres de Hofmannsthal sur son voyage en Hellade avec quelques amis, dont Maillol (quelle compagnie de choix dans un tel cadre !), je reste comme interdit devant son intuition de la lumière, chez un poète si jeune encore, lorsqu’il consigne simplement : « L’heure, le vent, le lieu font tout ». C’est pourquoi, en Grèce plus qu’ailleurs, le miracle de la lumière peut se transformer, tout soudain, en son contraire le plus violent, et d’autant plus cruel, nous laissant comme orphelins, au bord du Styx, déjà, abandonnés de la Terre et des dieux. Mais si le voile à nouveau se déchire, alors, à l’instar du poète autrichien, nous voudrons graver cette sentence : « Ici nous devons le reconnaître : il existe un mystère de la pleine lumière ». Tout comme, dans la nuit translucide à Delphes, l’auteur d’Electre et d’Ariane à Naxos écrira : « Quelque chose d’indéfinissable est présent, qui n’est ni voilé ni apparent, ni saisissable et qui, cependant, ne se dérobe pas. Cela est proche, et cela suffit ». Nous comprenons que, parmi les figures germaniques tutélaires de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, des aînés comme Stefan George (familier de Mallarmé et des symbolistes français) aient aussitôt vu, en Hofmannsthal, un des plus pénétrants sourciers de la jeune poésie allemande." (pp. 43-44).

       "De l’eau, de l’herbe, de la pierre – et le tremblement des peupliers. Et la brise qui taille des reflets dans les ruines. C’est un peu le décor du dialogue platonicien de Phèdre, quand Socrate et son interlocuteur se reposent à l’ombre d’un platane au bord de l’Illisus. A la fin de l’entretien - où Socrate, notamment, rend hommage à la poésie de Sappho et d’Anacréon, de Pindare et de Stésichore -, le philosophe ne manque pas d’improviser une prière avant de quitter la place : «Cher Pan, et vous, divinités de ces lieux, donnez-moi la beauté intérieure, et que l’extérieur soit en harmonie avec l’intérieur ; que le sage me semble toujours riche, et que je possède juste autant d’or que le sage, tout seul, peut en emporter avec lui. Avons-nous autre chose à demander, Phèdre ? Pour moi, je n’ai rien de plus à joindre à ma prière ». 

      J’y songeais quand tout à coup, derrière Annick et moi, à Brauron, en entendant parler français par Jean-François Bonhomme et sa compagne grecque, j’ai éprouvé la même impression que les personnages d’Iphigénie en Tauride, la pièce de Goethe (II, 2), quand, exilée depuis longtemps loin de son pays et des siens, la jeune femme rencontre Pylade, l’ami fidèle d’Oreste, et lui parle grec ; alors il s’écrie : « Ô douce voix ! Sons de la langue maternelle, mille fois agréable en terre étangère ! A ce bienveillant accueil, les côtes bleuâtres de mon pays se représentent à mes yeux… » Cette fois, c’était pour nous, étrangers, que renaissaient les sons de notre langue ; et c’était la plus belle lumière d’Ile-de-France, ou du Val-de-Loire, qu’ils conviaient rien que pour nous." (pp. 131-132).

Jean-Claude Masson : Le Dernier Carré de Pythagore, Paris, Garamond, 2012.

 

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                                    Annick Le Scoëzec et Jean-Claude Masson, Eté 1987

 

A propos de Bréchéliant (note)

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Note à propos de "Bréchéliant" :
"Bréchéliant" est un récit poétique qui tente de recréer l'épaisseur du temps médiéval perçu depuis l'intimité de l'univers féminin. C'est un roman de la solitude et de l'attente, habitées par les errances du sentiment, qu'il soit amitié, jalousie, impossible désir amoureux ou quête, plus improbable encore, du divin. Les légendes de Brocéliande constituent le cadre imaginaire, la matière où s'inscrit cette attente, loin du vaste monde, de son écume, de son bruit et de sa fureur...
Jusqu'à ce que, insoupçonnée, une soudaine bourrasque de fureur force les portes du château pour s'introduire jusqu'au fond des cœurs...

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19 mai 2018

Catherine d'Humières : "Les psaumes dans le Livre d’heures du bois d’automne de Jean-Claude Masson", in Jean-Marc Vercruysse (éd

Catherine d'Humières : "Les psaumes dans le Livre d’heures du bois d’automne de Jean-Claude Masson", in Jean-Marc Vercruysse (éd.) : Les Psaumes de David, Revue Graphè, n°27, Arras, Artois Presse Université, 2018

(Article reproduit avec l'accord des Presses de l'Université d'Artois)

 Introduction

L’œuvre de Jean-Claude Masson (Liège, 1950) se caractérise par la diversité de ses sources d’intérêt. Poète, conteur, chroniqueur, essayiste, hispaniste et traducteur, il élabore, à travers ses écrits, «  un réseau complexe de références littéraires, artistiques et philosophiques, entretissées comme pour montrer que le monde est, depuis des millénaires, entièrement recouvert par la pensée et l’œuvre de l’homme dans toute sa puissance créatrice »[1]. Dans toute son œuvre poétique, ce réseau se double d’un élan vers le haut que l’on devine déjà dans L’Alpha et l’Omega de 1979[2] et qui culmine dans le Livre d’heures du bois d’automne de 2011 que nous allons étudier ici. Cet ouvrage s’inscrit clairement dans la tradition du psautier dans la mesure où il est composé de cent cinquante poèmes, comme il y a cent cinquante psaumes bibliques. En outre, le fait que ces derniers aient une longueur variable et une versification totalement libre dans leur traduction française, permet au poète de s’en inspirer pour proposer une œuvre singulière où se reflète l’ampleur de sa culture et un inépuisable désir de connaissance qu’il cherche à inscrire dans la tradition biblique. Mais si la forme de ces cent cinquante poèmes se rapproche de celle des psaumes, ils n’en reprennent pas tous les thématiques. En conséquence, après nous être penchés sur l’ouvrage en lui-même, nous privilégierons les poèmes qui s’inspirent directement des psaumes, soit pour en reprendre certains thèmes, ou formulations, soit pour écrire des textes singuliers qui seraient comme autant de nouveaux psaumes.

Psautier et livre d’heures

À l’origine, le Livre d’heures du bois d’automne devait s’appeler Psautier du bois d’automne, d’où la composition de ces cent cinquante poèmes sur le modèle du psautier traditionnel. Il est d’ailleurs fait allusion à ce titre initial dans le poème 67 où la découverte d’un psautier dans une forêt proche de Semur en Auxois est assimilée à celle d’un trésor :

Tournant le dos au nord, le prieur a compté

dix pas et marqué le sol de sa cravache.

Frère Étienne a creusé le temps de dire

un rosaire

et déterré, dans une sacoche de basane gaufrée,

un coffret de fer et d’ébène doublé d’étoffe

raide, lamée or, qui enfermait un in-folio ;

la reliure était aux armes de Bavière

et le titre portait Psautier du bois d’automne. (67)[3]

 

Tout ce qui entoure la découverte concourt à faire de ce psautier un livre luxueux, difficile d’accès, réservé à un cercle d’initiés. Le dernier vers de ce poème fonctionne comme un clin d’œil au titre initial de l’ouvrage, mais l’ensemble propose une allégorie de la difficulté à accéder au sens des textes poétiques d’inspiration religieuse qui exige de creuser en profondeur. À une époque où le lecteur de poésie se fait si rare, ces textes sont affectivement réservés au petit nombre d’élus capable de se plonger dans les arcanes de la création poétique.  

Si, au cours du Moyen-Âge, le psautier initial est devenu livre d’heures, c’est sans aucun doute dû au fait que ce dernier se caractérise par la variété de ses thèmes :

"En tant que livre de prières [il] apparaît en Europe à la fin du XIIIe siècle ; il va progressivement supplanter le psautier dans les mains des laïcs au cours du siècle suivant […]. Le livre d’heures comporte un calendrier, des extraits des évangiles, des passages […] de l’Ancien Testament, des prières à la Vierge Marie et à Jésus-Christ, des prières aux saints patrons, l’Office des Morts. Livre à usage privé, le livre d’heures se distingue par sa grande liberté de composition et de contenu […]. Comme la Bible familiale, [il] était conservé avec soin, il se transmettait par héritage de génération en génération, il servait à apprendre à lire aux enfants. […] Il n’est pas surprenant que le livre d’heures devienne le livre le plus courant du bas moyen âge."[4]

 

Pendant ces siècles de foi intense, chacun pouvait donc composer son propre livre d’heures selon ses dévotions et ses intêrets particuliers. Certes « les psaumes sont encore présents, mais disposés selon l’ordre des heures canoniales et non plus dans la continuité biblique »[5] et c’est cette disposition particulière qui justifie l’appellation de livre d’heures. Celui d’Anne de Bretagne, par exemple, un des manuscrits enluminés les plus tardifs puisque sans doute exécuté entre 1500 et 1508, comporte des oraisons et illustrations des saints préférés de la reine, parmi lesquels de grandes figures féminines comme sainte Anne, sainte Ursule, sainte Marie-Madeleine, sainte Marguerite, sainte Catherine et sainte Hélène.

"Ainsi nous apparaissent les dévotions familières de la reine Anne, en ses dernières années qui étaient encore celles d’une jeune femme ; sa courte vie nous est comme offerte à travers son livre d’heures" [6].

 

Il en est de même, d’une certaine façon, dans le Livre d’heures du bois d’automne de Jean-Claude Masson qui révèle la personnalité de l’auteur tout en proposant une certaine variété de thèmes. L’évocation de la nature y tient une grande place, certains poèmes pouvant même être assimilés à des enluminures. De nombreux autres présentent des moments précis de la vie monastique qui correspondent aux heures canoniales dont il évoque l’institution par saint Pacôme dans le poème 21 :

 

Et Pacôme reçut la règle de l’Ange :

douze chants dans la nuit, douze dans le jour.

L’apôtre jeta l’ancre au pays de Thèbes

où la parole coule plus fine que l’arène,

au pays du roi des eaux qui vagabondent,

pour y prier les heures avec ses compagnons.

« La vie était jeune alors, et puis la mort patiente »,

disait-il. Et jamais la cithare, ni le psaltérion,

n’ont cessé d’égrener les arpèges de mai

entre laudes et complies, des vêpres aux matines,

quand rôdait la flûte au fond des palmeraies

et que le papyrus tremblait aux berges blondes. (21)

 

D’ailleurs, l’auteur rend un hommage typographique à l’institution des douze heures canoniales en adoptant les italiques pour les poèmes 12, 24, 36, 48 etc. L’évocation des saints, patriarches ou prophètes tient aussi une place importante et singulière dans cet ouvrage et montre la fascination de l’auteur pour les grands modèles proposés aux fidèles. Loin de décrire leur vie ou leurs miracles, il s’attache à un moment particulier de leur existence comme on vient de le voir pour saint Pacôme « cueilli » à deux moments cruciaux de son parcours : la rencontre avec l’ange et l’établissement de la vie monastique. De même, le poème 119 présente saint Bernard au moment de prendre la décision de prêcher la deuxième croisade :

 

C’est l’automne à Cîteaux : Bernard plie la chasuble

dans la sacristie

et range le psautier en langue d’oïl

aux côtés de la Vulgate

[…].

Le front sur les briques suintantes du puits,

il entend le vol serré des martinets,

le cri de la grive cendrée, les cordes vibrantes

du vent dans les futaies.

[…]

À présent la pluie est mêlée de grêle.

Bernard tremble, transi ; sa décision est prise :

il prêchera la croisade à Vézelay. (119)

 

Et, pour prendre un dernier exemple où apparaissent conjointement le psautier et le livre d’heures, voici sainte Catherine, grande mystique et docteur de l’Église :

 

Elle marche dans Sienne en songeant au psautier,

aux lectures du matin : ta parole est-elle achevée

pour les siècles des siècles ? […]

La visiteuse fait claquer le fermoir

de son livre d’heures, murmure quelques mots

[…]. (80)

 

Ce faisant, Jean-Claude Masson s’inscrit dans une belle tradition médiévale, se l’approprie, "l’utilise au plus près et la transforme, la transcende, la rajeunit en quelque sorte. […] il revendique un héritage transmis par des siècles de foi puissante, le fait sien et l’actualise tout en préservant l’élan vers le haut qui en fait la splendeur[7]".

À côté de ces belles évocations de figures de sainteté, on trouve, dans son ouvrage, des invocations et des prières semblables aux psaumes sur lesquelles nous allons nous pencher plus précisément.

Reprise de motifs et formulations propres aux psaumes

L’auteur utilise souvent des motifs et des formulations propres aux psaumes, notamment dans la façon de s’adresser à Dieu, de l’implorer ou de le chanter, de privilégier certains thèmes bibliques. Il suffit de citer quelques vers de ses poèmes, qui reprennent des invocations bien connues, pour s’en rendre compte : « Qui sommes-nous pour que tu t’en souviennes ? » (poème 39), « Loué soit-il sous l’œil de l’Éternel ! » (poème 40), « De profundis / ad te clamavi / Dominus. » (poème 54), « Que se dessèche notre main si nous t’oublions, / Jérusalem ! Car nos bouches sont remplies de riens. » (poème 143). Dans ces expressions de louange, de supplication et d’amertume on reconnaît sans hésitation des versets des psaumes 8, 40 (41), 129 (130) et 136 (137).

D’autres en revanche sont plus élaborés mais les références y sont aussi claires, ainsi, dans la grande tradition des psaumes de supplication, on peut rapprocher les vers suivants de certains versets des psaumes que nous mettons ici en parallèle :

 

Délivre-nous des artisans du mal :

ils reviennent au soir, grondent comme des chiens.

(63)

 

Délivre-moi de mes ennemis, mon Dieu ;

de mes agresseurs, protège-moi.

[…]

Le soir, ils reviennent :

comme des chiens, ils grondent, […]

Psaume 57 (58)[8]

 

 

Le monde mendie une lueur, mon Dieu,

un jour moins long que le décompte des heures

avant la mort. (128)

 

 

Seigneur, fais-moi connaître ma fin,

quel est le nombre de mes jours :

je connaîtrai combien je suis fragile.

Vois le peu de jours que tu m’accordes :

ma durée n’est rien devant toi.

Psaume 38 (39)

 

 

« J’ai en toi espéré Seigneur ; - que je ne sois point

mis à honte - Prête l’oreille à ma clameur »  (132)

 

 

D’un grand espoir

j’espérais le Seigneur :

il s’est penché vers moi

pour entendre mon cri.

Psaume 39 (40)

 

 

Le thème du temps est au centre des préoccupations du poète, que ce soit celui qui se trouve au cœur de la création du monde ou celui qui mène la vie de l’homme de sa naissance à sa mort. C’est un axe important dans la poésie de Jean-Claude Masson. Ainsi, dans le cadre de notre étude, on peut mettre en évidence dans les derniers versets du psaume 92 (93) l’inspiration des quelques vers du poème 29 où la voix de Dieu, maître du temps, domine les forces de l’univers :

 

La voix du Seigneur domine les eaux,

le Dieu de la gloire déchaîne le tonnerre,

le Seigneur domine la masse des eaux.

Voix du Seigneur dans sa force,

voix du Seigneur qui éblouit,

voix du Seigneur : elle casse les cèdres.

[…]

Voix du Seigneur […] qui ravage les forêts.

Et tous dans son temple s’écrient : « Gloire ! »

Au déluge le Seigneur a siègé ;

il siège, le Seigneur, il est roi pour toujours !

Psaume 92 (93)

 

 

Ta voix est supendue sur les eaux frémissantes,

c’est elle qui parfois tonne, forge l’éclair et foudroie

l’olivier,

déracine les cèdres, dévaste la futaie.

De la main de l’Éternel tombe le temps. (29)

 

 

De même, le poème 48 porte en lui l’écho des psaumes 26 (27) et 89 (90) qui évoquent l’un la recherche de Dieu et l’autre, à nouveau, la maîtrise du temps :

 

C’est là, Seigneur, qu’il nous faut te chercher,

dans ce qui se retire, dans l’absence

et le rien : dans ce qui fut ton renoncement.

Tu nous as dit : « Je suis qui je serai ».

Ta parole conjugue la chronique et l’augure,

tu prédis le passé, relates le futur :

c’est à leur interstice que monte notre prière. (48)

 

 

Mon cœur m’a redit ta parole :

« Cherchez ma face. »

C’est ta face, Seigneur, que je cherche :

ne me cache pas ta face.

Psaume 26 (27)

À tes yeux, mille ans sont comme hier,

c’est un jour qui s’en va, une heure dans la nuit.

Psaume 89 (90)

 

 

Tous ces extraits se trouvent à l’intérieur de poèmes qui, s’ils ne peuvent pas tout-à-fait être considéré comme des psaumes, n’en reprennent pas moins le style, soit pour implorer la clémence de Dieu, soit pour chanter sa grandeur, soit pour affirmer la foi du croyant en sa parole créatrice. De même, les éléments de la nature, dont l’évocation est récurrente dans tant des psaumes bibliques parce que, pour un peuple de bergers, rien ne reflète mieux la création divine, se retrouvent chez Jean-Claude Masson intimement liés au passage des saisons établi par Dieu lui-même, reconnu comme maître incontestable du temps[9].

De nouveaux psaumes

À côté de poèmes où seuls quelques vers sont l’écho de psaumes, comme nous venons de le voir, une douzaine d’autres (les 3, 4, 12, 14, 36, 37, 38, 41, 78, 88, 91, 126) peuvent être assimilés en entier à de nouveaux psaumes, notamment par leur style poétique, la façon de s’adresser à Dieu où de développer certains sujets majeurs. Jean-Claude Masson y reprend des éléments de la modernité pour exprimer la fragilité de l’existence humaine, le nihilisme et l’hédonisme actuel de notre civilisation, l’obsession de l’homme face au temps qui passe inexorablement et à la mort inéluctable. Mais il le fait de façon très personnelle et c’est ce que nous allons considérer ici en en étudiant quelques-uns de façon à dégager les thèmes principaux développés dans ces nouveaux psaumes.

Les poèmes 3 et 4, par exemple, commencent par une invocation à Dieu : interrogation dans le premier, supplication dans le second, et, dans les deux cas, il met en contact la seconde personne du singulier par laquelle il s’adresse à Dieu et la première personne du pluriel par laquelle il s’identifie à l’humanité. Les deux poèmes –et on verra par la suite que c’est un motif récurrent– opposent l’homme tel qu’il est dans sa modernité à la volonté divine, telle qu’elle s’est exprimée dans les Écritures.

 

 

Dans l’absence à nous-mêmes,

comment nous tourner vers toi ?

Arrimés à des riens

avides nous guignons encore la rive

qui se dérobe sous nos doigts

mercenaires du néant d’or. (3)

 

Protège-nous, Seigneur, de la Horde d’Or,

de la nuit qui épie aux portes

de la ville grise tavelée de maigres lueurs.

Indécises les heures traînent sur le parvis désert.

Préserve-nous de la parole trompeuse,

de leur bouche, sépulcre béant, de la peur

sournoise, et de l’insinuation du désespoir

délivre-nous.

Que le jour se coule dans le miroir. (4)

 

 

Tout le poème 3 tourne autour du vide et du néant. Pour Jean-Claude Masson, l’homme occidental a dédaigné la parole de Dieu pour s’accrocher (« arrimés », « avides », « mercenaires ») à des richesses fallacieuses (le « néant d’or ») qui ne produisent qu’un vide existentiel et un néant spirituel résumés dans l’expression du premier vers : « l’absence à nous-mêmes ». Cette soif de richesses se retrouve dans le premier vers du poème 4 (« la Horde d’or ») où elle suggère l’arrivée d’une armée ennemie dont Dieu seul pourrait nous protéger. Cet ennemi à nos portes nous fait vivre dans une inquiétude permanente où les murs ont des oreilles et surtout dans une pénombre (« la nuit », « grise », « maigres lueurs ») qui est sans doute due au fait que nous avons déserté les lieux de spiritualité et leur exigence (« le parvis désert »), et que nous nous retrouvons livrés à nous-mêmes. Le sujet de la seconde partie de ce poème, construit en deux parties bien distinctes et, en même temps, complémentaires, est le mensonge (« la parole trompeuse ») sur laquelle l’homme –et surtout le monde dit occidental– a bâti son existence en refusant d’écouter la parole de Dieu. En se détournant de celle-ci, il s’est livré au règne de l’apparence et aux faux prêcheurs qui n’ont à proposer que le désespoir et une mort à laquelle seule Dieu peut donner un sens (« délivre-nous »). Le dernier vers sonne comme une doxologie, même s’il ne semble pas être une louange au Dieu créateur, parce qu’il introduit une lumière, « le jour », qui s’oppose à la nuit du vers 2 qui s’est insinuée dans le monde de faux semblants (« le miroir ») au centre duquel l’homme moderne s’est enfermé.

Le poème 38 est un chant de louange adressé avec insistance à Dieu (six fois la seconde personne du singulier), et c’est un des rares qui soit entièrement consacré à cela. Les autres, comme le poème 37, par exemple, opposent généralement l’œuvre du Dieu créateur et ce qu’en ont fait les hommes avides de modernité. Dans les quatre premiers vers du poème 38, le poète devient psalmiste, son devoir est de chanter sans cesse le Dieu créateur dont il célèbre la maîtrise du temps dans les six vers suivants (les « astres », « la forêt des luminaires de Chaldée », « les constellations »), ainsi que son influence sur la destinée des hommes, d’ailleurs liés à ce temps qu’ils cherchent depuis toujours à maîtriser. Les cinq derniers vers entremêlent les hasards du destin (« l’envers et l’avers de la pièce d’argent », « nous lançons le dé », « notre chiffre secret ») et le dessein de Dieu sur les hommes, avec une allusion à la passion du Christ (« tu mets en gage la tunique »), sacrifice voulu par Dieu qui connaît tout depuis toujours (« va rouler à tes pieds ») puisque étant le créateur du temps et de l’espace, il se situe hors du temps et de l’espace, et en connaît tous les interstices.

 

 

Mais ta justice par ma langue sera pourtant

redite chaque jour,

chaque nuit nous redirons ta louange,

à genoux.

Car tu choisis pour chacun dans l’archipel

des astres,

dans la forêt des luminaires de Chaldée

un signe de reconnaissance, un cap

d’espérance,

parmi toutes les constellations tu nous donnes

de trancher

entre l’envers et l’avers de la pièce d’argent,

c’est nous qui lançons le dé,

tu mets en gage la tunique

et notre chiffre secret va rouler à tes pieds. (38)

 

 

Tu dis, et cela est, mais pour nous les choses

disparaissent dans leur nom, le monde

est un reflet qui jamais ne repose.

La rive où nous abordons le temps d’un regard

inquiet, déjà dirigé vers l’autre bord,

n’est pas notre demeure sous le cours des astres.

La terre est meuble sous nos pas, comme les mots

sur nos lèvres, les mots qui sont nos masques,

et le hasard nous dicte les syllabes

d’un simulacre de destin. (37)

 

Si le poème 37 commence aussi par un hommage à la puissance créatrice du verbe de Dieu (« Tu dis et cela est »), il exprime en revanche une grande inquiétude existentielle. En donnant un nom aux choses, comme Adam a été amené à donner un nom aux animaux dans la Genèse, c’est-à-dire en croyant se les approprier, l’homme les a effacées, en a fait des ombres (« disparaissent », « un reflet ») et il a constamment l’impression de vivre dans un monde flou, insaisissable (« la terre est meuble sous nos pas, comme les mots »), caché par l’abondance de mots fallacieux (« les mots qui sont nos masques ») qui l’empêchent de voir la réalité des choses et de peser sur son destin. L’auteur exprime là l’angoisse de l’homme face à la certitude calderonnienne que la vie est un songe et qu’il ne peut que se laisser emporter là où ses pas le portent dans la mesure où les desseins de Dieu restent incompréhensibles. Mais, contrairement au poème 38, la présence de Dieu ne se manifeste que dans la moitié du premier vers comme si, une fois la création lancée, le créateur se désintéressait du destin de l’homme.

Dans le poème 126, il n’y a pas d’invocation directe à Dieu, mais l’allusion au début de l’évangile de saint Jean est visible à plusieurs reprises puisque le mot « verbe » introduit les deux parties du poème et qu’il porte même une majuscule la seconde fois. C’est donc bien du mystère de l’incarnation qu’il s’agit (« Le verbe […est…] la chair /et le sang de l’esprit ») et toute la première partie le célèbre (« une lampe sur nos pas »). En chantant la primauté de la parole divine (répétition du verbe « précéder »), il en montre le pouvoir créateur sur le temps comme sur l’espace.

 

 

« Le verbe n’est pas le vêtement, mais la chair

et le sang de l’esprit », disait-il.

La parole divine est une lampe sur nos pas

comme le mot précède la chose

comme l’oiseau a précédé le nid.

Ce sont les arbres qui étançonnent

l’espace, comme les poissons de mer portent le poids

de la nuit. Le Verbe est la moelle de l’univers

comme l’impie en est la rouille

comme le mensonge souille la matière

de sa glu, et la force brute n’arrive pas au genou

du fragile, et l’or n’achète pas la Promesse,

pas plus que la chandelle ne s’échange contre l’obscur.

(126)

 

 

Qui est l’homme, que tu te souviennes de lui

dans sa misère à la nuque raidie ?

Emplis de morgue, campés sur notre impiété,

fiers de nos fers, et de nos fils rebelles,

nous avons souillé le regard sur toute chose.

Toi qui cernes l’orbe parfait suspendu dans les airs,

vois ce que nous avons fait du sel de la terre.

Sion fut tour à tour convoitée, répudiée,

maudite par nos œuvres, entre la faute de Caïn

et l’infamie d’Absalon. Toi qui sondes les cœurs et les reins,

sur nos lèvres cendrées tu sais ce goût de rien. (12)

 

La seconde partie, à l’inverse, tout en prenant son départ sur la magnificence du Verbe créateur (« moelle de l’univers »), met en relief, de façon extrêmement désabusée, l’action des forces du mal dans notre monde : impiété, mensonge, souillure, loi du plus fort, soif de richesses, ténèbres. En se détournant de l’essentiel, la beauté de la parole de Dieu, l’homme a plongé l’univers dans le malheur et une obscurité qui ne pourra se diluer que s’il renonce à ses faux dieux que sont l’impiété, le mensonge, la force brute et la soif de l’or, qui le détournent de la promesse du salut.

On retrouve des éléments de ce poème 126 dans le poème 12, et notamment l’orgueil (« la nuque raidie. /Emplis de morgue, campés sur notre impiété »), l’impureté, la volonté de détruire et de salir toute chose en se détournant de Dieu. Le poète s’adresse deux fois à Dieu et chante sa perfection créatrice (« Toi qui cernes l’orbe parfait suspendu dans les airs ») pour mieux souligner la force de destruction qui habite l’homme (« vois ce que nous avons fait du sel de la terre ») qui a répudié ses croyances (« Sion fut tour à tour convoitée, répudiée », suivi les plus mauvais exemples (Caïn, Absalon) et affadi le « sel de la terre » pour, en fin de compte, donner à la vie un goût de cendres et de néant, annonce d’une mort sans espoir de résurrection.

Le poème 36, lui aussi très pessimiste, fait également allusion à la Parole de Dieu mais c’est pour en souligner l’éloignement et mettre à nouveau en relief les forces de destruction à l’œuvre chez l’homme moderne : orgueil, colère, injustice et impiété. À partir du vers 6, nous voyons dans l’oiseau la figure de l’âme, fragile, obstinée dans son désir de construire et de se perpétuer, toujours à l’œuvre malgré la laideur du monde qui l’entoure, et dont on ne sait si la roue de « la nuit du mal » parviendra à la détruire en lui imposant la mortelle acédie. Dans ce monde en ruine, comment entendre la voix de l’ange, écho du premier vers sur le silence d’un Dieu qui s’éloigne de sa création dans la mesure où ses créatures semblent acharnées à se refuser à toute idée de transcendance.

 

 

L’eau s’est retirée, Seigneur, mais ta parole aussi,

le flot a désenflé, non la superbe qui nous leste

ni la rage qui nous grève contre tout et contre toi.

L’injuste bannit de la terre sa propre mémoire,

dans l’immensité de l’oubli se précipite l’impie.

Tandis que l’oiseau dans les ruines risque son aile

fragile dans les décombres du monde alentour,

et qu’il sonde les vents et recueille des bribes

pour tresser à nouveau l’ovale de son gîte,

la nuit du mal en nous a déterré sa roue,

le désir se délite et l’ange se tait. (36)

 

 

« Cette racaille ameutée contre moi

ignore tout de toi, de moi et de l’esprit »,

disait-il, et c’est elle que je viens sauver.

Car le monde s’est mué en machine à malheur :

en perdant le désir, ils ont perdu la foi.

Quand ils lèvent les yeux vers le parvis

du temple, ils ne sentent plus leur cœur

tressaillir ; quand ils voient au ciel Cassiopée,

ils ne récitent plus les prophéties d’Élie.

Mais ils pâlissent au nom de Baal ;

ils roulent des yeux devant Jézabel,

sa putain, et ne se baissent que devant l’or,

la sueur du soleil. Le torrent est à sec,

l’huile ne s’écoule plus de la jarre,

les champs sont plein d’ivraie au plus fort

de l’été, mais ils n’ont pour envie que de palper

la mort. (91)

 

 

Nous irons vite pour l’étude du poème 91 où le poète laisse encore une fois s’exprimer une profonde amertume devant la façon dont l’humanité a transformé le monde moderne en « machine à malheur », en se détournant d’un Dieu qui n’a pas hésité à aller jusqu’au sacrifice suprême pour la sauver (v.3). Il détaille tout ce qui a été rejeté, nié par l’homme, en commençant par la foi en un Dieu de bonté (« ils ne sentent plus leur cœur ») (v.4), pour adorer de faux dieux (Baal), le sexe et l’argent (« Jézabel, /sa putain, et […] l’or /la sueur du soleil »). Ce faisant l’homme a tari les sources de la vie et tout n’est plus qu’aridité et sécheresse. En s’écartant avec obstination de la vraie voie, il a adopté le chemin du mal qui n’aboutit que sur la mort.   

Car c’est en effet bien à une réflexion sur la mort que nous convie le poète, et la grande modernité de ses poèmes-psaumes c’est l’affirmation récurrente que tout ce qui est périssable ne peut être que vanité –idée déjà très prégnante au XVIIe siècle–, et que l’attachement obsessionnel contemporain pour ce qui est périssable ne mène qu’à la vacuité, à l’étourdissement des sens et à un aveuglement existentiel qui ne peut que s’avérer létal. La seule issue vers le haut, c’est la lucidité et la certitude que la mort n’est qu’un passage vers une autre temporalité transcendée par la foi.

 

Conclusion

Comme on le voit, l’un des motifs les plus prégnants de ces quelques poèmes-psaumes, c’est le constat amer et désespéré du poète face à un monde en fin de course qui s’anéantit dans le vide qu’il a lui-même créé. Il lui manque la certiitude de la victoire finale de Dieu sur le Mal qui se trouve au cœur des psaumes bibliques, et c’est finalement une vision très pessimiste de notre civilisation qui se dégage de l’étude de ces quelques nouveaux psaumes. Soulignons cependant que ces poèmes ne forment pas un bloc mais ponctuent au contraire le recueil pour insister sur les vices de notre monde, son nihilisme et son hédonisme, en contrepoint d’autres poèmes très lumineux exaltant des périodes de foi intense et d’espérance inébranlable qui s’opposent à la nôtre et montrent que la voie du salut existent encore pour peu qu’on retrouve la voie tracée par les Anciens. Ainsi l’auteur fait « alterner critique et clébration, éloge et exécration. Mais [il] n’oublie jamais que le poète est d’abord le laudateur (celui qui chante les laudes), il est d’abord dans l’action de grâces »[10]. On peut donc penser que, en écrivant son Livre d’heures du bois d’automne –où l’on trouve, répétons-le, bien d’autre chose que les psaumes que nous venons d’évoquer–, Jean-Claude Masson a voulu faire passer l’idée que le poète est une voix prophétique, et que, comme il l’écrit dans Trois Chemins du Siècle d’Or en Espagne et au Mexique, « l’art et la littérature sont un sacrifice à l’infini ; c’est pourquoi, à leur modeste place, toute symbolique, mais à l’image des sacrements, ils sauvent le monde et rédiment le mal »[11].

 

Bibliographie

 

Humières Catherine (d’), « MASSON, Jean-Claude », in Passages et ancrages en France. Dictionnaire des écrivains migrants de langue française (1981-2011), Ursula Mathis-Moser et Birgit Mertz-Baumgartner (éd.), Paris, Honoré Champion, 2012.

Humières Catherine (d’), « La Modulation du temps dans l’œuvre poétique de Jean-Claude Masson », Les Temps du livre, Alain Milon et Marc Perelman (éd.), Nanterre, Presses Universitaires de Paris-Ouest, 2016.

Humières Catherine (d’), « Une poésie mystique contemporaine. Le Livre d’heures du bois d’automne de Jean-Claude Masson », in Littérature et sacré : la tradition en question, Valentina Litvan (éd.), Berne, Peter Lang, «Recherches en littérature et spiritualité », vol.26, 2017.

Masson Jean-Claude, L'Ancre des songes. Opus incertum, 1979-1999, Paris, Garamond, 2007.

Masson Jean-Claude, Carnets de la guerre secrète, Paris, Garamond, 2009.

Masson Jean-Claude, Livre d’heures du bois d’automne, Paris, Garamond, 2011.

Masson Jean-Claude, Trois chemins du Siècle d’Or en Espagne et au Mexique, Paris, Garamond, 2014.

Nouveau Testament et Psaumes, traduction officielle pour la liturgie, Paris, L’Emmanuel, 1997.

Pernoud Régine, Les Grandes Heures d’Anne de Bretagne, miniatures de Jean Bourdichon, Genève, « Merveilles de l’enluminure », éditions de Crémille, 1989.

Zolotova Ekaterina, Livres d’Heures. Manuscrits enluminés français du XVe siècle, trad. du russe par Marie-Hélène Corréard, Paris, Ars Mundi, 1991.



[1] Catherine d’Humières, « MASSON, Jean-Claude », in Passages et ancrages en France. Dictionnaire des écrivains migrants de langue française (1981-2011), Ursula Mathis-Moser et Birgit Mertz-Baumgartner (éd.), Paris, Honoré Champion, 2012, p. 596.

[2] L'alpha et l'oméga a été revu en 2007 et réédité dans Jean-Claude Masson, L'Ancre des songes. Opus incertum, 1979-1999, Paris, Garamond.

[3] Jean-Claude Masson, Livre d’heures du bois d’automne, Paris, Garamond, 2011, p. 81. Dans la suite de l’article, les citations de cet ouvrage seront toujours suivies de la référence du poème et non de la page.

[4] Ekaterina Zolotova, Livres d’Heures. Manuscrits enluminés français du XVe siècle, trad. du russe par Marie-Hélène Corréard, Paris, Ars Mundi, 1991, p. 17-18.

[5] Régine Pernoud, Les Grandes Heures d’Anne de Bretagne, miniatures de Jean Bourdichon, Genève, « Merveilles de l’enluminure », éditions de Crémille, 1989, p. 13.

[6] Ibid., p. 14.

[7] Catherine d’Humières, « Une poésie mystique contemporaine. Le Livre d’heures du bois d’automne de Jean-Claude Masson », in Littérature et sacré : la tradition en question, Valentina Litvan (éd.), Berne, Peter Lang, «Recherches en littérature et spiritualité », vol.26, 2017, p.72.

[8] Nouveau Testament et Psaumes, traduction officielle pour la liturgie, Paris, L’Emmanuel, 1997.

[9] Voir à ce propos Catherine d’Humières, « La Modulation du temps dans l’œuvre poétique de Jean-Claude Masson », Les Temps du livre, Alain Milon et Marc Perelman (éd.), Nanterre, Presses Universitaires de Paris-Ouest, 2016, p. 57-71.

[10] Jean-Claude Masson, Carnets de la guerre secrète, Paris, Garamond, 2009, p.184

[11] Jean-Claude Masson, Trois Chemins du Siècle d’Or en Espagne et au Mexique, Paris, Garamond, 2014, p. 21.