Livre d'heures de J                                    sc00084c74

                                                                      Jean-Claude Masson. Portrait par Jean-François Bonhomme

     Après les Saisons brûlées des poètes du XXe siècle, destins condensant les convulsions de ce fragment de l’histoire du monde occidental, le dernier livre de poèmes de Jean-Claude Masson revient à la chronique tumultueuse et aux riches heures des monastères de jadis. Mais s’il peut apparaître comme un lointain écho, très contemporain, des récits de Jacques de Voragine, une nouvelle légende dorée des frères prieurs ou bâtisseurs, fondateurs des ordres de la chrétienté, le Livre d’heures du Bois d’automne se veut avant tout méditation lyrique sur les Psaumes et dialogue avec d’autres poètes en quête de spiritualité. Aussi cette « hagiographie » problématique, et à rebours de notre temps, interroge-t-elle de manière poignante la réalité de notre époque qui ne veut plus trop savoir ce qu’elle fut, ni qu’elle fut par l’esprit.

De saint Augustin à Hildegarde de Bingen ou Cyprien de Kiev, de Bernard de Clairvaux à Thérèse d’Avila, pour n’en citer que quelques-uns, sans oublier les anonymes dont l’existence fut aussi une chrysalide d’espérance et d’humilité, sont convoqués tous ceux qui avaient compris « l’urgence de l’appel », « le présent pur de la divinité », l’art de savourer chaque détail du monde sensible comme un gage d’éternité.

Aussi ces évocations sont-elles ponctuées d’exhortations à retrouver la faculté perdue sans laquelle notre vie risque de sombrer dans la destruction ou l’insignifiance : « Si vous ne désirez pas Dieu jusque dans votre / quignon de pain, vous ne le verrez mie, / non plus que dans votre prochain » (Poème 103).

Ainsi, après les fougues parfois cruelles du printemps (Le Testament du printemps, Gallimard, 1991) et les brûlures de l’été (Les Saisons brûlées, tombeaux pour un siècle, Garamond, 2000), Jean-Claude Masson nous suggère-t-il avec cette longue évocation de la spiritualité du Moyen Age, et les questions qu’elle nous pose encore, que, peut-être, « Dieu créa le monde en automne ».

Extraits : 

L’hortensia bleu sous les ardoises, la flamme

rousse de l’arbrisseau tranquille au coin du mur

et du bois de hêtres, le chemin creux tout au bout

de septembre et du vent tombé,

sont enclos dans la fenêtre.

Un petit nuage s’y glisse incognito

et vogue sous le verre

dans un précipité de silence

étonné :

Dieu créa le monde en automne. 

                  (« Poème 113 », Livre d’heures du bois d’automne, p. 133).

 

                        Et Pacôme reçut la règle de l’Ange :

                        douze chants dans la nuit, douze dans le jour.

                        L’apôtre jeta l’ancre au pays de Thèbes

                        où la parole coule plus fine que l’arène,

                        au pays du roi des eaux qui vagabondent,

                        pour y prier les heures avec ses compagnons.

                        « La vie était jeune alors, et puis la mort patiente »,

                        disait-il. Et jamais la cithare, ni le psaltérion,

                        n’ont cessé d’égrener les arpèges de mai

                        entre laudes et complies, des vêpres aux matines,

                        quand rôdait la flûte au fond des palmeraies

                        et que le papyrus tremblait aux berges blondes.

                                         (« Poème 21 », Livre d’heures du bois d’automne, p. 29).

 

                         L’eau s’est retirée, Seigneur, mais ta parole aussi,

                        le flot a désenflé, non la superbe qui nous leste

                        ni la rage qui nous grève contre tout et contre toi.

                        L’injuste bannit de la terre sa propre mémoire,

                        dans l’immensité de l’oubli se précipite l’impie.

                        Tandis que l’oiseau dans les ruines risque son aile

                        fragile, dans les décombres du monde alentour,

                        et qu’il sonde les vents et recueille des bribes

                        pour tresser à nouveau l’ovale de son gîte,

                        la nuit du mal en nous a déterré sa roue,

                        le désir se délite et l’ange se tait.

                                      (« Poème 36 »Livre d’heures du bois d’automne, p. 29).

 

Jean-Claude Masson : Livre d'heures du bois d'automne, Paris, Editions Garamond, 2012, 180 p., ISBN 978-2-951459-7-2, 25€

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